J’y vois plus clair

Samedi nous avons été au premier vrai rendez-vous avec la médiatrice. Elle nous a donc demandé de « raconter notre histoire (en détails) »… Plus je la raconte, plus les choses sont claires, avec des éléments qui s’ajoutent à chaque nouveau récit, que ce soit moi qui les découvre ou que ça soit la tierce personne (conseillère conjugale, psy de L’Aubier, médiatrice…) qui les dit explicitement. Bref, plus je la raconte, plus je suis mise le nez dans la m*** que j’ai créée…..

Tout ça parce que j’étais (pas sûre du temps à utiliser pour ce verbe!) une fille manquant de confiance en elle, mal dans sa peau, qui voulait plaire, comme tout le monde, faire les mêmes expériences que tout le monde, juste pour être ce que je croyais qu’il fallait que je sois. En fait, le problème, c’est que j’étais déjà paumée avant de me marier. Je crois que je suis paumée depuis l’entrée au collège. Je me rappelle de moments de joie avec plein d’amis en primaire. Puis plus rien.

Ajouté à ça le fait que dans le pays de mon père, où j’allais deux fois par an depuis tout bébé (jusqu’à mes 18 ans, puis une fois par an), je me sentais totalement différente. Là-bas, tous les mecs me regardaient, j’étais la fille d’untel, le fils aîné d’untel…. J’étais une autre personne ! Quand à 28 ans j’ai rencontré mon mari (de 8 ans mon cadet), lui que (presque) toutes les filles du lycée convoitaient, et que j’ai vu qu’il s’intéressait à moi (c’est surtout ma mentalité qui lui a plu, plus que mon physique on va dire), à quel point il m’aimait (la première fois que je voyais ça), j’étais flattée, ça m’a fait me sentir en confiance (en lui et surtout en moi, ce qui me faisait défaut). Je pense qu’inconsciemment j’ai voulu « exporter » ce qui me rendait heureuse (mes sentiments étaient sincères, j’ai ressenti du bonheur avec lui à un moment donné), comme si j’emportais un bout du pays en France, un espace où je pourrais me sentir cette autre fille, mais en France. Inconsciemment j’ai aussi ressenti « je vais être celle qui va te faire aller à Paris, Paris nom d’une cacahuète !! et découvrir tant de choses… etc ».

On remet aussi (encore!) une couche d’inconscient quand on sait le parallèle avec ma mère : rencontre avec un homme de ce pays,de la même ville, de 5 ans son cadet.. bon eux n’ont pas eu besoin de se marier pour que celui-ci vienne en France, en 1974 c’était encore libre circulation de toute le monde. Eux ils se sont mariés car une petite graine a fait une apparition à l’improviste !

Et enfin, encore un peu d’inconscience (ou de débilité, au choix !), quand on met la cerise sur la gâteau : nous n’avons donc pas vécu ensemble avant qu’il arrive en France (je vous -me ?- rassure, j’étais sûre à 100% que je pourrai faire face aux éventuels problèmes liés à l’apprentissage de la cohabitation…).

Pour conclure, je pense que j’ai vécu avec lui de 2009 à 2012 (décembre, quand je suis tombée enceinte), non pas comme dans un rêve car je vivais « normalement » (=je n’étais ni heureuse, ni malheureuse), mais plutôt comme dans une publicité avec l’image de la famille parfaite… « l’histoire d’amour pas banale », le mariage, l’appartement, le bébé… Et que ça soit le rêve ou la pub, il y a un moment ou ça s’arrête. J’ai « repris conscience » avec l’arrivée des jumeaux.

La pub terminée, mes « oeillères » tombées, j’étais face à l’horrible constat et l’envie de me dire « mais comment t’as pu être aussi conne pour épouser un mec avec qui t’as jamais vécu ? », « comment tu as pu vouloir des enfants alors que tu n’étais pas folle amoureuse de lui ? », « tu as gâché 4 vies, pourquoi ? comment c’est possible d’en arriver là !? ». Avant je manquais de confiance en moi (= je ne m’aimais pas trop) mais là c’est pire. Je ne peux pas dire que je me déteste (quoique, inconsciemment, il doit y avoir un peu de ça…) mais je m’en veux terriblement, je suis en colère contre moi-même. Et en colère contre lui car je ne lui ai pas mis le couteau sous la gorge pour tout ça et en colère contre lui pour son comportement depuis bientôt un an. Plus tout ce qui me met en colère depuis que j’ai repris le boulot, comme l’incivilité devenue banale dans notre société, les galères de transports, les fournisseurs qui ne remboursent pas ce qu’ils doivent et ne répondent ni aux emails ni aux appels, les voitures qui passent au feu rouge, les piétons qui traversent n’importe comment, la société de consommation et l’obsolescence programmée, …. voilà, c’est un TOUT, ou plus exactement 2 gros touts et plein de petits touts qui font que ce jour-là, j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Je l’ai frappé. Puis encore. Puis une dernière fois (j’espère).

Alors voilà, plus je raconte des bouts de ma vie à ces inconnues, plus j’arrive à construire le puzzle. J’espère pouvoir vivre avec cette culpabilité, avoir confiance en moi et m’aimer malgré ses grosses erreurs et pouvoir éduquer nos enfants sans que ce sentiment dirige ma vie (et la leur).

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7 réflexions sur “J’y vois plus clair

  1. Bonsoir, je découvre ton blog et je te trouve bien courageuse. Tu analyses bien une situation difficile en ne t’epargnant pas, ce qui est rare. Je vais te suivre et je te souhaite bon courage pour la suite. Mais quel est ce mystérieux pays 😉 ?

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  2. Bonjour Flo (décidément ! ^^)

    Merci pour ton commentaire et l’annonce de ta fidélité ! (je ne t’en voudrais pas si tu ne tiens pas ta promesse 😉 ) … Je pense qu’écrire m’aide en ce moment, et j’ai besoin de noter, détailler les faits… pour que tout soit rangé (et clair) dans ma petite tête. Décrire les défauts de Mr, (essayer de) raconter un bout de ma (notre) vie en occultant mes erreurs n’avancerait à rien. Je suis divisée entre l’envie de me consoler et me soutenir (pour être forte et avancer) et l’envie de me foutre des baffes. J’imagine que je vais devoir apprendre à me pardonner, à être indulgente avec moi-même…
    Merci en tout cas pour tes encouragements.

    Pour le pays, ou plutot l’absence de citation du pays, je posterai bientôt 😉

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  3. Bonjour,

    Encore une fois, bravo pour ton honnêteté.
    Je pense par contre qu’il ne sert à rien de te culpabiliser. Tu as pris des décisions qui te paraissaient être les bonnes à l’instant T et c’est tout ce qui compte.
    Nous sommes tous plus ou moins soumis aux diktats de la sociétés, certains s’y habituent et s’y plaisent, d’autres non.
    Ce qu’il me paraît important de garder en tête c’est que tu n’as pas fait tout ça en sachant que ça ne te plairait pas et que tu voudrais réinventer ta vie. Personne n’est à l’abri de rien. Alors évidemment il faut prendre ses responsabilités ce que tu as l »air de faire parfaitement, mais tu ne pourras de toutes façons jamais savoir si ça aurait été mieux autrement.
    Bon courage!

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    • Bonjour Jim,

      Je suis contente d’avoir un point de vue masculin…. c’est vrai qu’en général ce genre de blog est plus lu par des femmes ! : )
      Oui tu as raison, et se sentir coupable n’aide pas à avancer. C’est un sentiment que je ne contrôle pas (ce sont des pensées qui font irruption soudainement dans ma tête)… Honnêtement je ne pense pas ne plus me sentir coupable du tout, mais je pense que ça s’atténuera avec le temps, ou alors ça sera irrégulier, des hauts et des bas ? Quand mes enfants me demanderont « pourquoi vous avez divorcé » ? Je ne préfère pas penser à ça pour le moment >_<
      La culpabilité… tout un sujet !!

      Merci encore pour tes encouragements !

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      • Oups, je suis une femme…désolée de le méprise, Jim c’est un raccourci pour un prénom un peu trop compliqué 😉

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